Si vous traînez par là... faites le détour pour visiter l'église du plateau d'Assy, chef-d'oeuvre de l'art des années 30.
Peu de sites web, allez voir sur Wikipédia, la page est bien faite.

Nous y sommes allés par une journée ensoleillée (cf album photo et commentaires par photo). La visite, faite par deux guides très
compétents, nous a permis d'apprécier la richesse du lieu qui est un véritable musée d'art moderne. L'architecture de Novarina, assez régionaliste, basée sur le bois et la pierre massive, sert
d'écrin (malgré l'architecte!) à de nombreuses oeuvres d'art données par des artistes pas toujours croyants... Chagall a fait une chapelle consacrée aux fonts baptismaux en créant un mur en
céramique (épisode de la Mer Rouge), deux vitraux (ange au candélabre notamment) et deux marbres sculptés.
Rouault (voir le beau site de sa fondation) a donné des vitraux magnifiques (venir en milieu-fin d'après-midi) sur le Christ et Ste Véronique. D'autres
vitraux sont faits par Bazaine (cf Audincourt où il donne sa pleine mesure, en collaboration avec Novarina également).

Lurça a créé la tapisserie au-dessus du choeur, aux rouges magnifiques et qui illustre l'Apocalypse selon St Jean.
Bonnard et Matisse terminent les bas-côtés en les magnifiant (Matisse "troue" le mur alors que Bonnard s'est reffréné, à la demande de l'architecte, et produit une toile douce mise en valeur par
l'arc en pierre.
Un christ torturé de Richier est peu mis en valeur dans le choeur par un éclairage insuffisant.
Du moins a-t-il été replacé au coeur de l'église, après avoir suscité une polémqiue terrible qui l'avait évincé du bâtiment. Henri Charlier parle de "moignon sculpté" tandis que Gabriel Marcel le
décrit comme "un rameau rachitique et couvert d'une espèce de moisissure" qui n'est que "le fruit mort d'une cérébralité desséchée." Un responsable de l'Eglise dira même: "Ce christ est une
image caricaturale qu'on veut faire passer pour un crucuifix, une insulte à la majesté de Dieu, un scandale pour la piété des fidèles." Cette affaire qui est un bon exemple de la "querelle
de l'Art sacré" montrecomment l'Eglise brise sa collaboration avec des milieux d'avant-garde et de qualité artistique indéniable vers le milieu des années 50.
Selon Bernard Dorival, par contre, ce christ est "douloureux et grandiose, (...) les bras démesurément ouverts, inspirent confiance et respect, et (...) l'expressionisme pathétique se double de
noble plasticité. (...) Il est sans doute la première image pas trop indigne de son objet que la sculpture nous ait donnée depuis la fin ddu Moyen-Age."
Léger nous accueille avec une magnifique mosaïque sur la façade Ouest, aux couleurs extraordinaires.

Beaucoup d'autres artistes ont participé àcette oeuvre et il faut espérer que les pouvoirs publics, qui n'ont classé l'église qu'il y a quelques années, prendront conscience de ce patrimoine et
le mettront en valeur (alentours, site Internet, toit et vitraux à réparer). Le problème est que cette oeuvre est la propriété du diocèse...
Bref une visite où on ne sait plus où donner de la tête et où les élèves semblaient un peu écrasés par les noms d'artistes, trop peu connus par eux encore et les différences de style. Un peu
comme le public à la construction de l'église?
Profitez-en pour aller jeter un oeil au sanatorium Martel-De-Janville, construit en 1936 par les architectes Henri-Jacques Le Même et Pol Abraham (expo mars-juin 2008 au Centre pompidou http://www.centrepompidou.fr/.) Il a l'aspect d'un paquebot avec des sun decks (suites dont les balcons sont graduellement exposés au soleil, comme le grand
immeuble près de Bonlieu mais ici pour des raisons médicales). Il tranche avec le sanatorium classique, sous forme de village.
Joli brochure gratuite du CAUE
http://www.caue74.fr/docs/dossiers_architectures/1059056675.pdf
Fiche très complète sur Docomomo
http://www.archi.fr/DOCOMOMO-FR/fiche-sanatorium-martel.htm
Site plus touristique
http://www.passy-mont-blanc.com/art-culture.asp
Très joli blog bien renseigné avec des documents (plan de l'église par exemple)

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