Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

"l'Incal" de Moebius et Jodorowsky

par Anouck 14 Mars 2011, 06:01 travail

 
 L'INCAL est une saga de bandes dessinées issue de la collaboration entre Jodorowsky qui la scénarise et Jean Moebius-Giraud qui l'illustre à partir de 1981. Elle s'articule en 6 tomes à travers lesquels se poursuit l'histoire de John Difool, un minable détective privé de classe « R », anti-héros par excellence qui sera malgré lui entrainé dans une aventure qui le dépasse.

L'histoire se déroule dans un futur lointain et dystopique sur « Terra 2014 » planète habitée parmi d'autres dans une galaxie dominée par le pouvoir de l'Imperoratriz, personnage siamois androgyne. John Difool reçoit des mains d'un extra-terrestre mourant (un Berg) un objet convoité de tous, l'Incal lumière, une minuscule pyramide lumineuse pourvue de pouvoirs exceptionnels.Le personnage principal, d'abord motivé par l'argent que pourrait lui rapporter cet objet puis par l'enjeu interplanétaire de sa sauvegarde s'engage dans une quête de l'Incal noir, moitié manquante de l'Incal lumière.


Cette bande dessinée de science-fiction constitue une critique implicite de l'homme en général, exprimée en grande partie à travers le caractère égoiste et médiocre du personnage principal John Difool. La critique vise d'autre part nos sociétés occidentales modernes.


John Difool vit dans une cité-puit appelée « Margarita », laquelle est construite à la verticale, profondément creusée dans la terre. Au fond, un lac acide dans lequel sont jetées toutes les ordures des citoyens et qui sert de décheterie commune à toute la ville. Rien d'étonnant donc à placer les castes sociales les plus défavorisées près du lac.


23-MOEBIUS

En effet, Moebius et Jodorowsky font apparaître clairement dans l'urbanisme de « Margarita » un système de « couches » sociales, chaque niveau correspondant à une caste. Tout au fond de la cité-puit se trouvent les classes moyennes à pauvres, dans lesquels se côtoient chômeurs, criminels et prostituées, une population lobotomisée par la Télé-3D diffusant les incessants clonages du Prez.

La boisson nationale « cocalfol » engendrant des dégénérés en manque contribue grandement à l'aliénation générale.C'est à cette caste de citoyens que le personnage principal appartient.


En hauteur vivent les « aristos », personnages condescendants et oisifs qui malgré leur statut plus noble aiment descendre dans les bas-quartiers (notamment dans l'Anneau Rouge, quartier des prostituées) pour boire et s'amuser. Ils se distinguent du reste des citoyens par leur auréole flottant au dessus de leur tête.

Au dessus de la ville, dans un palais flottant à la surface vitrée de la planète, se trouve le palais du Prez, personnage politique cloné indéfiniment (et par conséquent auto-successeur) intouchable et entouré de sa milice personnelle, les bossus.

La société est donc extrêmement hiérarchisée. Le pouvoir est partagé entre de nombreux groupes autonomes ; les Techno-Techno, un ordre scientifico-religieux de fanatiques, l'Ekonomat ; corpuscule d'économistes, les Maganats ; corporation de marchands etc.


L'ambiance chaotique de « Margarita » apparaît de différente manière. D'abord, l'amour est totalement inexistant dans cet univers déshumanisé. Femmes et hommes sont commandés par ordinateur à « l'Anneau Rouge » en fonction des caractéristiques désirées.

De plus l'existence d'une police robotisée, invention à la fois futuriste et inquiétante, révèle là encore la déshumanisation de cette société. Ces policiers mécaniques sont toutefois dotés de consciences individuelles et de raisons autonomes. Crées à partir de cadavres humains, ils sont d'autant plus semblables aux hommes. L'architecture ultra-moderne et totalement métallique constituée de pont tuyaux ascenseurs et plateformes crée une sensation à la fois de froideur et de vertige du fait de sa dimension gigantesque et verticale. L'existence d'un lieu aménagé pour les suicidaires appelé « suicide-allée » contribue à l'ambiance morbide et inhumaine de la cité. Il s'agit plus précisément d'un étage duquel les habitants se suicident, tombant devant tous les passants pour terminer leur chute au fond du lac acide. Ces suicides quotidiens semblent à la fois constituer un divertissement pour les citoyens de « Margarita » et résulter d'un désespoir lié à l'univers chaotique environnant.


Dans la saga l'Incal,la ville est traitée donc du point de vue de la contre-utopie puisqu'à partir des modèles urbains occidentaux, Moebius et Jodorowsky créent une ville dégénérée, où la modernité et l'individualisme déshumanisent la race humaine. L'architecture de «Margarita » sera d'autre part repris par Luc Besson qui confiera à Moebius le dessin de la ville dans son film « le 5e élément ».

commentaires

Haut de page