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La Rose Pourpre du Caire

par Serge Vincent 14 Décembre 2007, 20:03 sorties Hida

LA ROSE POURPRE DU CAIRE
ou: LA POSE COURTE DU REVE

"Mais qu'est-ce que c'est que ce film"?

Qu'est-ce que c'est que ce personnage qui se permet de quitter l'histoire, de déserter l'écran pendant la deuxième bobine?Les règles de la vraisemblance et de la bienséance sont bafouées. Les spectateurs sont floués."Ils sont assis là à ne rien faire", dit l'un."On nous avait promis une histoire d'amour", dit l'autre."Remboursez!" crie un troisième.
L'histoire d'amour se passe, mais hors de l'écran, dans la vie réelle, avec une spectatrice. De quel droit les rôles sont-ils ainsi inversés? du droit de Cécilia au bonheur, Alice qui est déjà passée de l'autre côté du miroir par son regard d'amante agissant tel un aimant sur celui à qui elle avouera qu'"elle n'avait d'yeux que pour lui".
Que deviennent alors les personnages du film, en quête non pas d'un auteur mais d'un acteur, chaînon manquant de la belle mécanique du scenario? Les voilà justement livrés à eux-mêmes,
non plus des pantins mais des êtres libres, enfin! Mais la liberté fait peur: face à ce trou béant laissé dans la toile par Tom Baxter, ils se sentent aspirés vers le vide. Et le cinéma, comme la nature, a horreur du vide! Ils commencent à se poser des questions existentielles chères à Woody Allen, comme à Bergman, Antonioni: que fais-je ici? dans quel état…j'erre? que vais-je devenir? Ce temps mort de l'action, ce questionnement sont les bases du cinéma et de la littérature modernes. Ce n'est plus: "regardez-moi faire" mais "regardez-moi être", ce qui ravit l'un des spectateurs de la salle, tout heureux de pouvoir "observer l'humanité".
Voilà: ces personnages sont devenus humains. L'escapade de Tom qui voulait tâter du réel, comme l'ange des "Ailes du désir" de Wim Wenders, a eu un effet contagieux. Mais comme dans la vie, les personnages ne peuvent rester longtemps dans cette position inconfortable de déréliction: ils appellent le producteur (Dieu) au secours afin que tout rentre dans l'ordre.
Quand Gil, l'acteur, et Tom, le personnage, sont confrontés une dernière fois, la salle a été désertée par les spectateurs, qui se sont lassés de l'aventure: sans public, le "loft-story" ne peut continuer. Qu'est-ce qui les distingue au fond? ils sont égaux dans leur ego, et tous les deux en perpétuelle représentation. Cécilia choisit Gil, l'homme réel, car elle a compris qu'on ne peut vivre longtemps avec un mirage. Mais Gil est un mauvais cheval car il lui tend un autre miroir aux alouettes: Hollywood. Ce n'est qu'un acteur, un illusionniste. Pourtant, il l'avait prévenue:
"Je vous aime. Je sais que ça n'arrive que dans les films, mais c'est vrai".Vérité peu fiable, car Gil est déjà dans son prochain film. Après tout, d'où vient cet amour? n'est-ce pas en flattant sa vanité que Cécilia l'a rendu amoureux? Et elle se retrouve seule, démunie, à la porte du cinéma, pauvre hère avec sa valise devant le dernier miroir du film qui lui renvoie de dos son image de femme misérable.
"The world is a stage…" (Shakespeare). Miroir inversé: la scène est le monde, ce monde de la comédie musicale où va se plonger à la fin Cécilia, décidément trop déçue par la vie. La toile est l'étoffe dont sont faits ses rêves, tout comme Woody Allen, son double, son alter ego. Et comme une héroïne de cinéma, elle disparaît dans un fondu noir.

"D'une manière générale, le monde tel qu'on le voit à l'écran m'a toujours paru plus vivable que le monde réel." (Woody Allen).
"Je préfère l'imaginaire à la réalité, mais il n'y a que dans la réalité que l'on peut trouver un bon steak". (Woody Allen).


commentaires

Maeva, 2nde11 19/12/2007 16:57

"La rose pourpre du Caire": un rêve éveillé. Celui de Cécilia qui par son amour du cinéma va pouvoir goûter au bonheur de la vie qui va s'avérer amer et trompeur.
J'ai vraiment adoré ce film! Touchant à la fois avec la vie pathétique de Cécilia et humoristique, avec ce tour de force scénaristique et ces gags à répétition.
J'apprécie également ce mélange entre le fantastique et la vie monotone, banale et bien réelle de ces années là.
Bref, un film à voir et à revoir sans se lasser de ses prouesses cinématographiques.

France Dupuis (2nd 11 HDA) 15/12/2007 19:22

Une soirée forte interessante.
Un mélange de tristesse et de joie pour Cécilia à la fin du film. Je regrette qu'elle ne puisse vivre son rêve jusqu'au bout, mais comme dans tous rêves, il faut se réveiller et faire face à la réalité (aussi dure soit elle). J'ai quand même été satisfaite du film qui pose la très bonne reflexion sur nos propres choix, de l'influence d'un simple cliché sur nos vies etc...

Je ne regrette pas d'être venue voir ce film ainsi que nos petites discussion/reflexions.

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